Des ressources abondantes qui doivent se faire une place dans l’écosystème de la construction

Maillons prend comme point de départ les ressources agricoles ou minérales de la Vallée de la Seine : la terre crue, la pierre, la paille, le chanvre, le lin, le roseau, le bois, le maïs, le tournesol et le miscanthus.

Les maillons sont ensuite déclinés par systèmes constructifs qui réunissent une manière d’utiliser la ressource et un contexte technico-normatif. Le sourçage dresse un état des lieux des possibilités d’utilisation de ces ressources comme matériaux pour la construction. Cette analyse est nécessairement située dans le temps, car nos connaissances sur ces ressources, ainsi que la structuration des filières, évoluent vite.

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BOIS

Le bois est la filière biosourcée la plus mature au niveau français, encadrée par plusieurs Normes et DTUs. pour des essences de bois de type résineux. Or la Vallée de la Seine dispose de ressource feuillue, moins connue et souvent plus chère du fait de sa valorisation plus habituelle en mobilier. À l’autre bout de la chaine, les maillons de la commande et de la maitrise d’œuvre sont mûrs, dynamisés par les Pactes Bois et Biosourcés. Le cadre normatif est le maillon à faire évoluer entre les deux pour étendre les limites des domaines d’emploi du feuillu.

PAILLE

La paille est abondante sur la Vallée de la Seine, riche en cultures de blé. Cependant, elle est encore peu utilisée en construction malgré les nombreux avantages du matériau et une filière constructive bien structurée. Le travail se poursuit pour renforcer les domaines d’application des règles professionnelles, améliorer la connaissance scientifique ou développer de nouveaux matériaux paille. En parallèle, le recensement des divers usages évitera d’éventuelles concurrences entre apports au sol, litière animale, valorisation énergétique, chimie verte et construction.

CHANVRE

Le chanvre est une culture bien implantée en Île-de-France et en développement en Normandie, mais encore peu répandue dans le domaine de la construction. Pour les procédés d’isolation, qui utilisent les coproduits de la production textile, la filière est mature et prête pour la massification. Pour les procédés qui utilisent le chanvre en tant qu’agrégat dans un béton, le développement repose sur le renforcement de la reconnaissance via l’évolution de ses règles professionnelles et le travail sur la mise en valeur de ses bénéfices, par exemple sur la gestion de l’hygrométrie.

LIN

La Normandie est la première région productrice de lin au monde. La valorisation de la chènevotte et des anas de lin en construction représente une complémentarité intéressante avec la filière textile, mais nécessite un travail important de développement de matériaux et d’un cadre normatif adaptés. En isolation intérieure, il existe cependant des avis techniques pour les panneaux de lin qui peuvent être de ce fait facilement déployés. Il faut noter cependant que les sécheresses récentes du territoire impactent ses rendements et incitent à réfléchir à d’autres périodes de culture.

MISCANTHUS

Le miscanthus est une fibre qui émerge sur le territoire de la Vallée de la Seine. Il se développe progressivement sur des espaces impropres aux cultures annuelles habituelles, car il reste en place pendant 15 à 20 ans, et ne peut pas rentrer dans les systèmes de rotations. Le passage à l’échelle de la construction nécessite cependant d’aller au-delà du stade des prototypes.

ROSEAU

Le roseau est à la base du chaume, matériau millénaire pour
la construction, et très certainement un emblème normand.
La ressource est abondante et spontanée sur les zones humides,
ce qui en fait une ressource très sobre. Elle nécessite cependant
des techniques de coupe aujourd’hui tombées en désuétude.
Remettre ce matériau dans le panel des solutions classiques
demande un investissement sur la partie amont de la coupe,
et une action pour développer son corpus réglementaire, mais
offre une palette diversifiée de possibilités de mise en œuvre.

MAÏS, TOURNESOL, COLZA

Si les ressources en maïs, tournesol ou colza sont abondantes sur le territoire, les coproduits sous forme de tiges ou de balles sont relativement peu développés. Pour la construction, leur usage est aujourd’hui au stade de l’expérimentation et aucun cadre normatif n’existe. Pour autant, la diversification sur un maximum de ressource est en enjeu clef, avec des bétons ou des panneaux isolants, car elle permet de diminuer les aléas liés à la production agricole : si une année est mauvaise pour un type de culture, elle pourra être compensée par une autre.

TERRE CRUE

Les excavations fournissent une ressource de terre abondante. Laissée crue, elle mobilise peu d’énergie pour sa transformation en matériaux de construction, et offre de nombreux atouts, comme l’inertie ou la gestion de l’hygrométrie. Pour autant, elle nécessite des compétences peu répandues aujourd’hui, notamment sur la caractérisation de la ressource et sa mise en œuvre. La filière se formalise cependant, avec des guides de bonnes pratiques et des ATEx pour la BTC francilienne. Le Projet National Terre en cours va poursuivre la production de données scientifiques.

PIERRE

La pierre est un matériau durable qui, même s’il nécessite de l’énergie d’extraction, a une durée de vie quasi infinie. Son cadre normatif est étoffé et permet aujourd’hui d’envisager de nombreuses mises en valeur en construction. Il existe ainsi des DTU pour les maçonneries en pierre massive, les parements collés en pierre, les bardages en pierre minces. Le point à renforcer est le métier de tailleur de pierre, difficile, et la valorisation de toute la matière extraite pour retrouver une économie de la pierre, car aujourd’hui seulement 40 % de la pierre extraite est valorisée.

Les enseignements transversaux en filières

Si chaque ressource a ses développements et caractéristiques propres, nous avons pu isoler quelques traits communs en analysant leurs différents maillons :

Le bio et géosourcé en architecture : une image à valoriser

Les matériaux biosourcés sont en général encore peu utilisés en construction, et pâtissent même parfois d’interrogations plus ou moins légitimes sur leur robustesse réelle (syndrome des 3 petits cochons).

Un chose demeure cependant : ils présentent des spécificités notamment vis-à-vis de l’humidité et du risque incendie que les écosystèmes d’acteurs rencontrés sont peu habitués à gérer. Une attention particulière à la bonne gestion de la qualité et à la réduction des contre-références est primordiale.

Leurs performances environnementales peinent par ailleurs à être valorisées face à des communications très efficaces et bien diffusées des matériaux conventionnels sur leur impact : béton dit « bas carbone », béton recyclé, laine minérale en économie circulaire, etc.

Pour Maillons, accroître l’attractivité des matériaux bio et géosourcés nécessite de traduire leur intérêt environnemental avec des échelles communes, comme on peut l’avoir avec le nutriscore alimentaire : impact carbone, besoin en énergie, consommation de ressources, intérêt pour la santé, intérêt pour l’adaptation au changement climatique…

La nécessité de développer les connaissances et compétences

Les besoins de formation sont forts à tout niveau, du CAP au BAC+5, de la mise en œuvre à la conception si l’on souhaite massifier les bio et gésosourcés. En effet, quelle que soit la filière, les méconnaissances révélées par le sourçage touchent autant les propriétés des matériaux que les modalités de leur intégration dans un projet ou la réception par les utilisateurs finaux.

Concevoir avec des bio et géosourcés implique de se poser la question de la matière et de ses caractéristiques, ce qui constitue une nouveauté par rapport aux caractéristiques standardisées du béton de ciment. Si des formations spécifiques existent pour de nombreuses filières (Pro Paille, Construire en Chanvre, etc.), elles sont peu intégrées aux formations initiales et relèvent d’engagements individuels.

Appréhender la question de la matière permet par ailleurs d’être mieux outillé pour aborder la rénovation du bâti ancien, qui implique de bien comprendre les comportements des matériaux en place.

Afin de développer ces compétences, Maillons pointe le besoin d’une politique régionale de formation, mobilisant les écoles d’enseignements supérieurs, pour intégrer à leur programme un enseignement plus territorialisé, basé sur les ressources locales. Du CAP au Bac Pro, toute la chaîne de la conception à la mise en œuvre doit être couverte pour faire face aux besoins en expansion. À l’instar de la terre à Grenoble, les écoles de Normandie et d’Île-de-France pourraient par exemple développer un pôle sur la construction en paille ou la rénovation en chanvre.

Concernant la mise en œuvre, les compétences existent aujourd’hui mais sont associées à des projets localisés et/ ou de petites échelles, et menés par des entreprises artisanales ou de petite taille. Pour accompagner la montée en puissance du tissu d’entrepreneurs, il faut pouvoir généraliser l’allotissement pour correspondre aux capacités de réponse des petites structures, et en parallèle permettre aux acteurs conventionnels de monter en compétences sur ces matériaux.

Le cadre normatif : une condition nécessaire pour la massification

Beaucoup des pratiques actuelles, du fait de leur faible échelle, se dispensent du respect strict du domaine d’usage des matériaux et procédés constructifs : elles reposent beaucoup sur la confiance entre un artisan expert et un maître d’ouvrage engagé. Ce système, risqué sur le plan du droit, peut fonctionner tant qu’il n’y a pas de problème.

Le passage à une plus grande échelle nécessite cependant de s’inscrire dans un cadre plus robuste, qui permette d’intégrer un plus grand nombre d’acteurs en limitant les risques de désordres et en permettant les recours normaux présents dans les chaînes de valeur habituelles.

Pour rappel, la souscription d’une assurance dommage-ouvrage est obligatoire et, pendant les dix premières années après la réception, elle soutient l’hypothèque du financement octroyé : il y a donc un véritable enjeu de solvabilité qui est associé à la démonstration de fiabilité.

Si plusieurs filières ont commencé à bâtir ce cadre technico-normatif (chanvre, paille, terre, bois), celui-ci requiert des approfondissements pour embrasser la diversité des demandes qui, de leur côté, auront à gagner à se recentrer sur des cas en nombre limité.

Certaines filières (miscanthus, anas de lin) n’ont pas encore de cadre de reconnaissances normatives et nécessitent, pour ce faire, de développer un corpus de connaissances sur leur usage en construction.

La question de l’accès à la ressource et au matériau

Les produits bio et géosourcés ne sont pas toujours accessibles au plus grand nombre. En effet, les processus d’approvisionnement et de commercialisation sont souvent moins structurés que pour les matériaux conventionnels, ce qui contribue à ne pas en faire un choix de facilité. L’entrée par les canaux de distribution est un facteur clef de visibilité, même si les conditions tarifaires pour y entrer découragent les filières les plus artisanales.

Par ailleurs, une réflexion s’impose sur la chaîne de transformation de la matière première qui nécessite un réseau d’acteurs complémentaires et territoriaux comme ont pu le faire ressortir nos différents entretiens.

Elle concerne le stockage, permettant de lisser la disponibilité de cultures par essence ponctuelles, le format de mise à disposition pour faciliter les usages constructifs, ou encore les sites de transformation intermédiaire pour travailler les fibres brutes.

Enfin, même si les ressources agricoles et sylvicoles sont abondantes sur le territoire de la Vallée de la Seine, le risque existe de développer des concurrences avec d’autres formes de valorisation, en cours de développement, comme la valorisation énergétique ou la synthèse de polymère pour remplacer le plastique pétrochimique. La massification de l’emploi dans la construction doit tenir compte de cet équilibre et rechercher la diversification des sources pour permettre des ajustements conjoncturels. La préservation des espaces agricoles et naturels est aussi plus que jamais primordiale.