Au départ de Caen, pas moins d’une trentaine de personnes étaient présentes pour assister au premier TourBus Chanvre organisé par l’ARPE et les Chambres d’agriculture de Normandie grâce au soutien de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie. Une journée du champ au chantier, destinée à faire découvrir aux participant·es les coulisses de la filière normande.
Une parcelle de chanvre technique
Programmé en juin, l’événement a finalement dû être décalé fin août en raison des épisodes caniculaires. L’occasion de porter un regard différent sur la robustesse des cultures face au dérèglement climatique … Pour Robin Fouquer, conseiller technique de l’Association des producteurs de chanvre en Normandie, « le volume de paille de chanvre pourrait être divisé par quelque chose entre 2 et 3 cette année … ». Sur la parcelle visitée pousse une variété cultivée pour la récolte de la graine et de la fibre. On parle de chanvre technique. Ici, les plants ne font pas plus d’1,50 mètre de haut, tandis qu’on cherche à atteindre 2,20 mètres en conditions idéales. Moins impacté, le rendement en graines permettra probablement de compenser les éventuelles pertes. Fort heureusement, « le chanvre offre une grande diversité de débouchés, ce qui nous permet de nous retourner en cas de coup dur. Dans tous les cas, on apprécie cette culture pour ses avantages agronomiques ».
C’est en effet l’un de ses principaux atouts : le chanvre nécessite peu d’intrants. Cultivée sans produits phytosanitaires, cette plante consomme très peu d’eau et d’énergie. Malgré la sècheresse, sa structure racinaire permet d’augmenter la capacité de rétention d’eau d’une parcelle et de préparer les sols pour les cultures suivantes. Une plante durable donc, et une excellente tête d’assolement. Démonstration faîte de tous ces bénéfices environnementaux, direction la Manche pour assister à la transformation du chanvre et à la valorisation de ses co-produits !
Une usine de transformation
La Normandie peut se targuer de bénéficier, sur son territoire, de l’une des 7 usines de défibrage françaises. Dès notre arrivée, Jean-Paul Salmon, directeur d’Agrochanvre, nous fait état des multiples marchés concernés par ses produits. Avec 6 à 7 tonnes de matière récoltée par hectare cultivé, il y a de quoi faire ! En éco-construction, on valorise surtout la fibre (extérieur de la tige) utilisée pour l’isolation sous forme de laine, en vrac ou en panneaux, ou bien la chènevotte (cœur de la tige) qui, mélangée à un liant, permet d’obtenir le fameux béton de chanvre.
Un chantier de rénovation en cours
Pour observer le matériau mis en œuvre, le groupe s’est rendu par la suite sur un chantier de rénovation situé non loin de là. Sur place, Bruno Morin et Anne Lequertier, maçon·nes à la CAE Les Chantiers de Demain, nous parlent alors des différentes applications du béton de chanvre. Ici proposé en banchage manuel (coffré), on apprend qu’il est également possible de recourir à de la projection mécanisée, avec de la chaux ou de la terre crue … Chacune de ces techniques mobilise des ressources humaines et matérielles différentes. Les temps de séchage varient également en fonction de la technique employée, de la météo et de l’épaisseur de l’isolation. On compte en moyenne 1cm de séchage par semaine par face ventilée. Au final, les coûts aussi sont impactés.
Un projet de réhabilitation en marché public
La tournée s’est achevée aux Ateliers de l’Odon, où nous avons été accueillis par Franck Decussy, de la Ville de Verson. Ces anciens ateliers de rotation ont fait l’objet de travaux de réhabilitation de 2018 à 2022. Désormais, la commune dispose d’un pôle socioculturel flambant neuf, restauré dans le respect du patrimoine bâti et adapté à ses nouveaux usages. Ici, la structure maçonnée en pierres de Caen a poussé l’agence d’architecture ACAU à proposer une isolation en béton de chanvre projeté. Au-delà des caractéristiques thermiques, cette solution permet une bonne gestion des transferts d’humidité à travers la paroi. « Le chanvre est capable d’absorber et de relarguer jusqu’à 4 fois son poids en eau ! » rappelle Eva Zaccaro, chargée de mission sur la filière chanvre à l’ARPE. Résultat : moins d’effet de paroi froide en hiver, et donc, moins de chauffage ! Enfin, le béton de chanvre, réputé pour ses propriétés acoustiques, offre ici une réponse pertinente à l’accueil d’associations sportives, clubs de sculpture, de musique, ou pour habiller la salle polyvalente.
Pour aller plus loin
- le programme Chanvre Normand
- la filière chanvre en Normandie
- les Règles professionnelles de la construction chanvre 2024 (parois verticales)
L’ARPE Normandie remercie chaleureusement l’Agence de l’Eau Seine-Normandie et les Chambres d’argriculture de Normandie pour leur soutien ; Robin Fouquer (Association des producteurs de chanvre), Jean-Paul Salmon (Agrochanvre), Bruno Morin et Anne Lequertier (CAE Les Chantiers de Demain), Franck Decussy (Ville de Verson) et l’agence ACAU pour leur accueil ; Les Voitures Henri Pavard pour sa conduite et sa bonne humeur ; ainsi que les participant·es qui ont rendu possible cette première édition du TourBus Chanvre !
Plus de photos :
Cet événement est organisé dans le cadre du programme Chanvre Normand financé par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie.

































